Tout puissant Kayembe

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Le 10/10/2016 par Guylaine Gavroy (DNA)

Souffel continue d’enchaîner les succès en s’appuyant sur un jeu collectif où chacun peut s’exprimer. Ruphin Kayembe y a (re)trouvé de la liberté, du plaisir et de la confiance.

Alors que Sorgues grignote son retard, Daye Kaba se place sur la ligne des lancers-francs. Sur le bord de la raquette, prêt à jaillir pour cueillir un éventuel rebond, Ruphin Kayembe est soudain étranglé par Ricardo Alliman.

La main du Sorguais enserre la gorge du n°14 souffelois. L’image est nette. Myriam Vogel, la photographe du BCS, a figé l’action et à la fin du match, s’insurge. Kayembe, lui, reste placide. « Il y a beaucoup d’intensité dans ce genre de match qui demande aussi beaucoup d’énergie. Si l’adversaire voit que ça ne marche pas, il provoque des fautes et fait des mauvais coups pour s’en sortir. Je veille à ne pas réagir, balaye le colosse de deux mètres. Quand j’étais petit, je m’énervais tout le temps. À 8 ans, au Congo, un meneur m’a fait un mauvais coup et je l’ai frappé. J’ai été sanctionné et suspendu. Depuis ce jour-là, je ne réagis plus. » Il sourit.

« Parfois, je me demandais ce que je faisais là »

Né à Kinshasa, Ruphin Kayembe a la double nationalité belge et congolaise, parle croate, slovène, anglais et français. Autant de langues apprises au gré de son parcours initiatique. « J’étais l’un des meilleurs marqueurs de la Coupe d’Afrique avec mon club du TP Mazembe (TP pour Tout puissant, ndlr) quand un agent m’a repéré et m’a trouvé un centre de formation à Zagreb. J’y ai passé un an. Je ne parlais pas la langue et ne parlais même pas anglais. Je ne comprenais rien à ce que me disaient mes coéquipiers. Ça a été très dur à vivre. Parfois je me demandais ce que je faisais là, j’avais le mal du pays, se souvient le Congolais. Le coach m’a appris le basket et tous les fondamentaux de ce sport, j’ai beaucoup progressé. Et puis j’ai fini par apprendre le croate et ça se passait mieux. »

Un an plus tard, le globe-trotteur signe son premier contrat pro en Slovénie, au KK Maribor. « La première année en Slovénie s’est mal passée, je me suis très vite blessé. Pendant quatre-cinq mois, je n’ai pas joué et je suis revenu en méforme. » Il passe tout de même trois saisons là-bas avant de quitter le club alors en faillite.

Arrivé à Souffel cet été, après une première saison passée en France, à Challans, l’ex-Vendéen de 24 ans se sent bien dans sa peau et son basket. « En Slovénie, je jouais quatre, à Challans cinq, mais je ne me trouvais pas. Cette année, avec Coach Stéphane, je retrouve mon poste, je m’exprime mieux. Tout le monde peut s’exprimer, jouer librement et on s’entend vraiment très bien, il y a une bonne ambiance. Le coach m’a redonné confiance. »

De quoi baigner, effectivement, dans une certaine allégresse

Une confiance qui se voit sur le terrain, face à Sorgues, Kayembe a compilé 13 points, 6 rebonds, 4 passes, 2 contres… Et gratifié le public d’un dunk magistral. « Le rebond a été difficile, les adversaires étaient chauds et costauds et se battaient tout le temps. Ils étaient prêts à boxer. Nous avons réussi à limiter les extérieurs qui, d’habitude, mettent beaucoup de points. Le coach avait bien étudié l’adversaire. Mais je n’aime pas ce genre de match quand on mène et que l’équipe adverse revient. Je préfère quand on mène et qu’on arrive, au fil du match, à hausser à nouveau le niveau. » Mais qu’importe la manière, les résultats sont là : « Évidemment quand on gagne comme ça, ça donne beaucoup de joie ».

Quatre victoires en quatre journées et une place de co-leader de N1, il y a de quoi baigner effectivement, dans une certaine allégresse.

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